Ami designer dessine moi un jardin
Texte de Patrick Nadeau
Publié dans Faut pas pousser
Edition Esad de Reims

2013

couverture

Couverture :  Thomas Guigue

 

« Faut pas pousser » est le fruit des diverses rencontres, conférences et journées d’étude organisées par l’Atelier de design végétal de l’Esad de Reims, avec pour ambition de poser les bases d’une réflexion se déployant dans un nouveau champ pour le design, en relation avec le végétal. Il donne la parole à des créateurs et chercheurs en la matière et aux étudiants de l’Atelier, à travers leurs productions plastiques. De la cime des forêts primaires à l’atelier de l’artiste, en passant par des plantations de tabac ou des laboratoires scientifiques, Faut pas pousser nous transporte au coeur de problématiques qui souvent se croisent, se frôlent ou se télescopent en terrains fertiles, à commencer par celui de notre imaginaire.

Avec les contributions de :

Jean-Christophe Bailly, Didier Semin, Marie Denis, Alain Milon, Patrick Blanc, Brigitte Chabbert, Gilles Galopin, Gilles Belley, Heiko Hansen (HeHe), Émeline Eudes et Élise Morin, Duncan Lewis, Fabrice Bourlez, Bruno Latour, Francis Hallé, Manola Antonioli et Céline Duhamel, Damien Chivialle, Marie-Haude Caraës, Bruno Marmiroli et Chloé Heyraud, Nicolas Bonnenfant, Patrick Nadeau.

Direction de la publication : Claire Peillod

Direction scientifique : Patricia Ribault
Direction artistique : Patrick Nadeau
Conseil scientifique : Sara Lubtchansky
Conception graphique : Thomas Guigue

Edition : Esad de Reims

Le programme de recherche « Le végétal : un modèle pour le design ? » dont est issu cet ouvrage bénéficie du soutien financier du Ministère de la Culture et de la Communication.

 

Le texte de Patrick Nadeau Ami designer dessine moi un jardin introduit la présentation d’une sélection de travaux d’étudiants de l’Atelier de design végétal dont il est responsable avec Sara Lubtchansky

 

 

Ami designer dessine moi un jardin

Conversation fictive au sein de l’Atelier de design végétal de l’Esad de Reims

L’Esad de Reims a organisé en 2013 un colloque – Poétique du végétal en milieu urbain – réunissant de nombreuses personnalités (chercheurs, philosophes, botanistes, artistes, urbanistes, architectes, paysagiste, designers). Quelques jours après cet évènement l’Atelier de design végétal de l’école se réunit pour travailler sur un nouveau projet. Il s’agit de dessiner un jardin vertical sur la façade de l’école. Une conversation s’engage entre les étudiants et le professeur.

 

MARIE C. – Dans leur intervention au colloque, Marie-Haude Caraës et Chloé Heyraud décrivent le mur végétal comme une étape importante dans la prise en compte du jardin par le design. Elles le considèrent comme une invention clef qui a libéré le jardin de l’enclos domestiqué dans lequel il s’est traditionnellement développé.

PATRICK N. – Sûrement. Patrick Blanc, le botaniste à l’origine de ce type de projet s’est d’ailleurs beaucoup plus inspiré de phénomènes naturels comme les falaises ou les ravins que d’espaces cultivés comme les jardins. C’est vrai que la nature a toujours créé des « murs végétaux », que ce soit sur des escarpements naturels ou sur les murs de pierre de nos maisons. Quant à l’idée que les jardins doivent sortir de leurs enclos pour aller vers le territoire ouvert de la ville et investir l’architecture ou les espaces publics, elle est effectivement très actuelle et développée par les  chercheurs impliqués dans le développement urbain. Artistes, paysagistes ou architectes sont aujourd’hui nombreux à voir dans cette échappée belle du végétal vers la rue une clef incontournable pour la transformation des villes. L’intégration de la biodiversité, végétale et animale, représente pour eux une exigence vitale nécessitant l’implication des habitants et devant être soutenue par des actes politiques forts.

 MARIE C. – Quelle peut être alors la place spécifique du design dans ce mouvement de revitalisation urbaine par le végétal ? Comment peut-il intervenir, avec quelle méthode, quels outils, quelles envies, quels désirs, quelle sensibilité ?

PATRICK N. – C’est sûrement en travaillant sur le projet que nous trouverons des éléments de réponse à ces questions. Revenons donc au projet. Il s’agit de concevoir un jardin vertical sur la façade de l’école, située, comme vous le savez, en centre historique à quelques pas de la cathédrale. Au préalable, rappelons quelques évidences et généralités. La population mondiale devient majoritairement urbaine, les villes s’étendent de plus en plus au point, pour certaines mégalopoles d’Amérique latine ou d’Asie, d’absorber des pans entiers de nature avec terres cultivées et espaces d’élevage. Une profonde mutation des tissus urbains accompagne ces transformations faisant de l’invention de la ville une priorité des prochaines années. Les séparations traditionnelles entre le dedans et le dehors, le minéral et le végétal, le naturel et l’artificiel tendent à disparaître au profit d’une intégration générale faite de dépendances multiples et réciproques englobant l’être humain, l’espace construit et la nature. Reims, comme de nombreuses villes, s’intéresse à ces questions. Le projet urbain « Reims 2020 » édité récemment énonce les grands axes de l’évolution future du territoire de la ville. Notre projet qui se situe dans ce contexte doit développer une approche singulière interrogeant l’utilité, le sens et la forme du végétal urbain.

MARIE C. – Je suis intéressée par la biodiversité. L’école possède déjà des ruches et le miel est très bon. J’ai envie de pousser la démarche un peu plus loin en réfléchissant à une sorte de biotope où cohabiteraient plantes, insectes et oiseaux. Dans une réciprocité qu’on observe dans la nature, les insectes permettent aux plantes de se reproduire, tandis que la flore sert de réservoir alimentaire et de refuge à toute une petite faune. Le jardin se présenterait donc comme un refuge constitué de plantes en pots et d’abris pour les insectes et les oiseaux.

PATRICK N. – Les techniques de culture doivent être basiques reposant sur des systèmes peu gourmands en eau, avec des végétaux adaptés au climat local, fonctionnant en écosystème et nécessitant peu d’entretien.

MARIE C. – Bien sûr.

PATRICK N. – Architecturalement, il serait dommage que le projet se résume à une simple peau végétale sur le bâtiment. Il faut plutôt le penser comme un espace dans lequel on peut se projeter et voyager mentalement depuis la rue, avec des volumes riches, des profondeurs, des perspectives. Bref, créer un véritable jardin suspendu, inaccessible mais dégageant une vraie présence.

LEE W. – J’ai envie d’une démarche plus plasticienne pour mon projet. Je trouve que les paysages de vignes vallonnés de la région rémoise sont très beaux. Pourquoi ne pas interpréter ces paysages dans le projet ? Leurs reliefs, leurs couleurs, leurs graphismes… Réfléchir en termes de géographie ou de topographie ?  

PATRICK N. – Effectivement, pourquoi pas ?

ANTOINE V. – Avant de parler formes et espaces, ne pourrions-nous pas revenir sur les enjeux politiques et sociaux du projet ? Nicolas Bonnenfant – architecte et paysagiste membre du groupe Coloco – a insisté, lorsqu’il est venu à l’école, sur le fait que c’est au niveau de la programmation que se joue la part la plus intéressante des projets urbains. Qu’elle permet de mettre en place des dispositifs ou des processus permettant une action significative sur le réel. Il milite aussi pour une véritable implication des habitants dans la transformation de leur environnement urbain.

PATRICK N. – C’est particulièrement vrai pour les projets d’agriculture urbaine dans lesquels Nicolas est investi. Son approche remet profondément en cause les structures traditionnelles de la ville (spatiales, sociales, économiques, juridiques…). En provoquant ou en activant des « situations fertiles »  (pour reprendre son expression) il souhaite favoriser une réinvention globale du vivre ensemble. Le jardin et surtout le jardinage permettent alors à des urbains de reprendre la main sur des activités vitales, de reconquérir des territoires et de partager des expériences en dehors des directives institutionnelles.

ANTOINE V. – Complètement d’accord ! Pour moi, notre projet de jardin vertical n’a de sens que s’il est utile et en prise avec la vie des habitants. Les étudiants rémois, comme tous les étudiants, déplorent la mauvaise qualité de leur alimentation. Je suis certain qu’un projet de potager favorisant une mise en réseau des étudiants des différentes écoles et universités de la ville pourrait fonctionner.

MARIE C. – Beaucoup d’étudiants se sont déjà regroupés dans une association dénonçant la malbouffe estudiantine. Ton projet pourrait s’appuyer sur elle. 

ANTOINE V. – L’Esad serait au cœur du dispositif. Les étudiants en design mettraient au point les outils de jardinage (supports de culture, compost, système d’arrosage…) et des protocoles de culture qu’ils proposeraient en open source aux étudiants des autres écoles, ceux-ci s’impliquant en retour dans le dispositif à d’autres niveaux, comme la logistique, l’économie ou la communication.

PATRICK N. – Un tel projet nécessite un espace important facilement accessible. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas de la façade de l’école. Le jardin vertical serait alors emblématique de la démarche (la production se faisant ailleurs). Il fonctionnerait comme un signal urbain ludique et festif, une invitation à se prendre en main. Le rôle de medium est aussi un rôle important du design.

ALISON S. – Je partage le sentiment d’urgence que ressentent Marie et Antoine face la crise ambiante. Je pressens également, comme eux, que cette crise dissimule en fait un profond changement de société dans lequel je souhaite également m’engager. Les nouvelles pratiques urbaines et les transformations du cadre de vie qu’ils appréhendent dans leurs démarches m’intéressent et je pourrais travailler avec autant d’intérêt sur l’un ou l’autre de leurs projets. En fait, je suis très intéressée par le « comment ». Comment les choses sont faites, quelles formes elles ont, quelles matières, quels sens… Avant tout, j’aime les objets. J’ai toujours aimé les utiliser et les dessiner. J’aimerais que cette période de mutation voie émerger de nouvelles formes ou de nouvelles typologies de formes pour l’environnement. Que les enjeux du développement durable ou de l’éco-conception soient aussi des enjeux formels et sensibles. Avec ce projet je découvre les plantes. Je trouve passionnant de réfléchir aux façons dont on peut enrichir, adoucir, pourquoi pas humaniser les espaces de vie en les intégrant à l’architecture.

PATRICK N. – Plus précisément ?

ALISON S. – Je pense explorer deux directions : dessiner des objets dont les formes seraient inspirées du végétal et intégrer directement du végétal vivant aux objets et à l’architecture. C’est peut-être le projet proposé par Marie qui me permettrait le mieux d’explorer ces pistes.

MARIE C. – Ce serait intéressant de travailler ensemble.

ALISON S. – L’univers formel des plantes, leurs logiques de fonctionnement, leurs stratégies d’adaptation à leur milieu, leur « intelligence » me fascinent. Leur monde parait à l’opposé du nôtre, mouvant, imprévisible, mutant. Alors que nous pouvons nous déplacer, simplement marcher ou courir autour du monde, elles sont enracinées dans le sol, irrémédiablement liées à des situations ou des contextes particuliers… Cette découverte est un peu déstabilisante. En m’éloignant de mes a priori et de mes standards, elle relativise la vision que j’ai des choses. J’entrevois que notre mode de fonctionnement et notre façon d’être au monde ne sont pas uniques. C’est aussi très stimulant. Comment ces données peuvent-elles nourrir un projet ? Je me demande si m’imprégner de l’univers végétal, en dessinant des objets, peut influer sur les formes que je produis ?

PIERRE D. – Que veux-tu dire ? Que tu t’intéresses au biomimétisme ? À la démarche théorisée par Janine M. Benyus invitant les concepteurs à imiter les stratégies des plantes pour concevoir des objets plus performants ?

ALISON S. – Je veux dire qu’il est peut-être juste possible de se laisser contaminer par un autre univers. Observer, analyser, cultiver les plantes… Être tout simplement curieux et à leur écoute, permet, j’en suis sûr, d’ébaucher, non une méthode, mais des directions, des repères ou un état d’esprit pour penser notre environnement futur. Un environnement qui tisse des liens, accepte d’être influencé, établit des proximités, cherche des associations avec toutes les formes du vivant.

PATRICK N.Thierry de Beaumont parle de « nouvelle alliance mutualiste » (1) entre les hommes et les plantes. Les fonctions vitales des plantes sont optimisées par leurs formes très riches et très diverses. Mais le plus remarquable réside certainement dans leur plasticité. Elles peuvent réagir et s’adapter aux transformations ou aux agressions de leur milieu en intervenant sur leurs propres formes. Ainsi voit-on apparaitre en permanence chez elles de nouvelles organisations formelles souvent exubérantes, voire délirantes. Cela est très intéressant à observer si l’on considère, comme moi, que l’enjeu du design réside avant tout dans la meilleure adaptation possible de l’homme à son milieu naturel et artificiel.

ALISON S. – Cet intérêt pour la forme est partagé par les botanistes.

PATRICK N. – Effectivement, je pense notamment à Francis Hallé qui a écrit de très belles pages sur ce sujet : « je voudrais exprimer ma conviction que la connaissance de la forme – d’un objet, d’une plante, d’un animal – donne accès à beaucoup plus d’informations essentielles qu’une investigation analytique dans un domaine quantifiable quel qu’il soit. En face d’une plante, j’en apprends davantage en observant sa forme qu’en dosant ses alcaloïdes, ou qu’en faisant le bilan de sa nutrition minérale, ou qu’en séquençant ses nucléotides, ou… » (2). Ses dessins de plantes sont par ailleurs remarquables.

MARIE C. – Je rappelle que nous devons réfléchir à des supports de végétation, des nichoirs et des abris à insectes. J’aimerais aussi que nous utilisions des agro ou des bio matériaux. 

ALISON S. – J’ai envie de commencer par les supports de plantes. Imaginer l’imbrication future du végétal et de l’objet, c’est projeter dans l’avenir une sorte de présence mi-naturelle mi-artificielle. C’est aussi confronter des temporalités différentes. Jeanne Quéheillard parle très bien du rapport de contingence dans lequel peuvent se tenir le végétal et son support : « …Les plantes s’accrochent, germinent, progressent. Le designer se retire, confiant ses objets à la pratique du jardinier… La stabilité de l’objet est dépassée au profit de son organicité… La prolifération et le parasitage sont des phénomènes obligés pour l’apparition des objets… » (3).

PIERRE D. – Tout cela n’est-il pas un peu gratuit ? Les objets végétalisés sont à la mode actuellement, des cadres, des étagères, des tables… Je vois beaucoup de gadgets, mais très peu de bon design !

ANTOINE V. – C’est tout à fait vrai !

ALISON S. – Pour en revenir au texte de Jeanne, ce que je trouve beau dans son propos c’est la proximité qu’elle établit entre le designer et le jardinier. Tous les deux travaillent à l’échelle de l’objet et de la plante alors que le paysagiste est plutôt concerné par celles de l’architecture, de la ville ou du territoire. Tous les deux regardent les plantes comme sujets à la mesure de l’homme. Mais le designer crée en dessinant alors que le jardinier crée en cultivant et en entretenant.

MARIE C. – D’accord, pour aborder le jardin à l’échelle des plantes et des objets, sans oublier celle de la petite faune, mais souvenons-nous qu’il est aussi destiné aux passants, tout au moins visuellement.

ALISON S. –  Je l’imagine comme une folie, une sorte de miniature ouvrant aux flâneurs un horizon beaucoup plus large que les petites dimensions du mur le recevant. Il doit être suffisamment présent et intrigant pour stimuler l’imaginaire et faire naître des histoires chez ceux qui le regardent.

MARIE C. – On a un peu trop tendance actuellement à négliger les pouvoirs imaginaires et sensibles des plantes, à tel point que le marketing ou la presse nous les présentent souvent comme de vulgaires détergents pour assainir l’air !

PIERRE D. – Les plantes seraient-elles sur terre pour nous distraire !?

ANTOINE V. – Pierre a raison. Cette discussion est très intéressante et très poétique ! Mais, n’est-ce pas un peu désuet de s’émerveiller sur la beauté, la fragilité ou l’ « intelligence » de telle ou telle plante quand nombre de villes sont au bord de l’asphyxie ? N’est-il pas temps d’être un peu plus subversif ?

PATRICK N. – Je me dis parfois qu’une plante, par sa simple présence dans notre univers artificiel et abstrait, peut être terriblement subversive. Son étrangeté, son silence mystérieux, son immobilité, son organicité et sa sensualité – feuilles en décomposition ou fleurs impudiques -, son parfum et les senteurs de terre qui l’enveloppent nous renvoient à un monde originel et archaïque. En irradiant l’espace et nous faisant voyager dans le temps, elle ouvre des brèches dans notre espace quotidien et convenu.  

ALISON S. – J’aime beaucoup la façon dont Fabrice Bourlez parle des plantes et plus globalement du vivant dans son texte Du végétal pour ne plus végéter : « …le végétal, les meutes animales, les microbes et les cellules du vivant se défont du sujet figé pour l’entrainer vers une mouvance, un mouvement de subjectivation complexe où s’articule inconscient et inscription dans l’écologie du monde. » (4)

MARIE C. – Plus prosaïquement, Il suffit d’être attentif aux commentaires hostiles sur les mauvaises herbes, que les jardiniers laissent de plus en plus pousser en ville, pour mesurer à quel point le végétal, dans certaines situations, peut être provocant.

PATRICK N. – Et générer un étrange malaise lorsque le phénomène atteint, comme c’est parfois le cas dans quelques villes allemandes, une dimension fantastique.

ANTOINE V. – En même temps, les galeries commerciales sont de plus en plus friandes de végétal. Et là ni provocation ni subversion !

PIERRE D. –  On voit plutôt des plantes contraintes, soumises voir ridicules.

ANTOINE V. – Des mortes-vivantes

PATRICK N. – Pas facile dans un tel endroit de donner sa chance au vivant ! Comment d’ailleurs ouvrir ou consacrer un espace pour le végétal en milieu artificiel et souvent hostile ? Comment créer une rencontre, une osmose entre un lieu des plantes et des hommes sans que les unes servent simplement de décor aux autres ? Question d’attention, d’humilité ? Sûrement. De regard, de point de vue aussi. Regardons le travail d’artistes comme Penone. Il nous montre la force inouïe d’un élément organique dans un espace intérieur.

ALISON S. – J’aimerais que l’on termine le cours en parlant de l’intervention de Jean-Christophe Bailly au colloque. J’ai relu son texte, il est superbe. Il m’aide à cerner mes intuitions alors que je me débats toujours avec cette envie difficile à préciser d’objets qui gagneraient un peu de grâce au contact des plantes. La finesse avec laquelle il dépeint la radicale différence des règnes végétal et animal est lumineuse. Lorsqu’il décrit les plantes je ressens profondément la proximité de la poésie et de la science. L’achèvement mystérieux et elliptique de son texte entrouvrant une étrange fenêtre sur les « objets techniques » et les « fruits du design » me laisse rêveuse. Relisons ce qu’il écrit sur le fruit : « D’où aussi, son aspect d’objet, d’hyper-objet faudrait-il dire, et ce qu’il dit par là de tout objet ou à tout objet, autrement ce qu’il nous rappelle de l’étrangeté qu’il y ait des objets et qu’ils puissent être à la fois si familiers et si lointains. Je crois qu’à ce lointain tout objet peut avoir accès, y compris bien sûr les objets techniques et les fruits du design, mais peut-être est-ce le plus difficile et ce qu’il faut savoir rejoindre. » (5)

PATRICK N. – Peut-être évoque-t-il cette grâce qu’ont certains objets proches de la perfection ?

ALISON S. – Ou peut-être suggère-t-il la naissance d’un troisième règne, celui d’objets hybrides pollinisés par le vivant, que le designer serait chargé d’apprivoiser, de cultiver et de faire prospérer ?

MARIE C. Ou d’objets pollinisés par les nouvelles technologies pour plus de sensibilité ?

ANTOINE V. – OK, mais comme le dit joliment Claire Peillod, la directrice de l’école, faut pas pousser !

ALISON S. – Pas vrai Pierre ?

 

Patrick Nadeau

 

 

1 – Végétal design / Patrick Nadeau, Thierry de Beaumont, coéd. Alternatives – Particules 14, 2012

2 – Eloge de la plante – Francis Hallé – Ed. Points 2004

3 – Nature individuelle Patrick Nadeau – Jeanne Quéheillard – Ed. PN 2008  

4 – Du végétal pour ne plus végéter – Fabrice Bourlez – Faut pas pousser ! Ed. Esad de Reims – 2013

5 – Le végétal ou l’infini de la formation – Jean-Christophe Bailly – Faut pas pousser ! Ed. Esad de Reims – 2013